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Le label « Ville de surf » en France : reconnaissance symbolique ou levier d’action ?

par Christophe Guibert et Florian Lebreton

planche publiée le 07 septembre 2026

À partir d’une enquête qualitative menée dans quatorze communes françaises lauréates du label « Ville de surf » délivré par la Fédération éponyme, cette planche analyse le label comme un dispositif d’activation différenciée de la ressource territoriale. Si, dans certains contextes, le label agit comme levier de structuration sportive et de gouvernance territoriale, dans d’autres, il demeure principalement symbolique.

Le label « Ville de surf » : un outil de politique publique

Le sport n’est plus seulement envisagé comme pratique sociale ou performance compétitive, mais comme « ressource territoriale » susceptible de générer des retombées économiques, de renforcer l’image d’une destination et de structurer des systèmes d’acteurs locaux. Dans ce cadre, les labels ne constituent plus uniquement des outils de certification, ils témoignent de stratégies de différenciation territoriale et de mise en concurrence des destinations. Instrument méritocratique, un label s’inscrit dans des contextes préexistants qui conditionnent les variabilités de son appropriation par les usagers comme par les acteurs. Le cas du surf constitue à cet égard un terrain d’analyse fécond. La Fédération Française de Surf a institué en 2015 le label « Ville de surf », destiné à reconnaître et encourager les collectivités engagées dans le développement structuré et durable de la pratique. Décerné aux villes candidates qui répondent positivement à un cahier des charges, il s’inscrit dans une dynamique d’institutionnalisation des « sports de nature » et de formalisation des partenariats entre fédérations sportives et collectivités. Il vise à certifier la qualité de l’accueil, des équipements et de l’environnement et agit tel un dispositif d’activation différenciée de la ressource territoriale (ici les vagues et le surf), selon laquelle une ressource ne préexiste pas comme donnée objective, mais se construit par un processus d’appropriation et de mise en projet. Certaines communes labellisées valorisent d’ailleurs de manière explicite cette distinction dans l’espace public (figure 1) à des fins de communication.

Figure 1 - Une signalétique qui marque les territoires (Lacanau, Brétignolles-sur-Mer et Wimereux).

1a. Lacanau

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1b. Brétignolles-sur-Mer

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1c. Wimereux

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Crédit photo : L. Coppin 2025, C. Guibert 2026, F. Lebreton 2025.

Une enquête qualitative comparative (observations et entretiens menés auprès d’acteurs impliqués dans la mise en œuvre du label) a été menée entre 2024 et 2026 auprès de communes titulaires du label « Ville de surf », situées sur différents littoraux français et présentant des degrés contrastés de structuration du surf. Loin de produire des transformations homogènes, le label « Ville de surf » agit de manière différenciée selon les trajectoires territoriales, le degré de structuration préalable de la pratique et la configuration des systèmes d’acteurs locaux.

Un dispositif à géométrie variable selon les contextes locaux

Dans certaines communes peu réputées pour la pratique du surf à l’échelle nationale comme Siouville-Hague ou La Tranche-sur-Mer, le label constitue un acte fort politiquement dans la structuration touristique et sportive autour du surf. Il contribue à renforcer la coordination des acteurs, à stabiliser des investissements et à consolider une identification territoriale clairement associée au surf. Le label agit comme un accélérateur de dynamiques déjà engagées et permet de légitimer des aménagements, de renforcer la visibilité nationale, de structurer des partenariats entre collectivités, clubs et acteurs touristiques.

Une deuxième configuration regroupe des communes où le surf est déjà structuré mais où son intégration dans les politiques territoriales reste partielle. Le label accompagne un processus de reconnaissance en cours, sans pour autant transformer les équilibres existants. Ces territoires se caractérisent par une pratique déjà organisée (clubs, écoles), une visibilité régionale variable et une articulation politique parfois hésitante entre dimension sportive et touristique. Dans ces cas comme aux Sables-d’Olonne ou Plouharnel par exemple, le label joue un rôle d’appui et de légitimation.

Enfin, dans une troisième configuration, le label est principalement envisagé comme un outil de reconnaissance et, éventuellement, de communication territoriale, sans entraîner de transformation significative des politiques locales. Davantage qu’une volonté visant à asseoir une politique publique par l’obtention du label, c’est la position élevée de ces communes dans l’espace concurrentiel et hiérarchisé des villes françaises de surf qui justifie le fait qu’elles ne peuvent pas, pour leurs élus locaux respectifs, ne pas être labellisées. Dans ce contexte, la faible appropriation du label, sa relative méconnaissance par des élus associatifs et son caractère essentiellement symbolique interrogent sa pertinence dans des territoires où le surf est déjà très structuré comme à Hossegor ou Biarritz.

Il est possible de proposer une hiérarchisation des investissements politiques (figure 2) selon des indices allant de 1 (les communes les moins dynamiques à l’égard du label) à 10 (où le label est un outil privilégié de la politique communale). Cette analyse dessine en creux l’expansion géographique du surf à partir de sa base originelle en Nouvelle-Aquitaine (indices faibles) vers d’autres façades littorales plus septentrionales (indices plus élevés).

Figure 2 - Comparaison des « degrés d'investissement » des communes labellisées « Ville de surf »

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Sources : enquête Guibert/FFS (2025), https://www.surfingfrance.com, réalisation : C. Guibert, F. Lebreton et S. Charrier, 2026.

Agissant potentiellement comme un amplificateur des configurations locales existantes, ce label n’est ni transformateur ni insignifiant : il constitue un révélateur des transformations contemporaines de la gouvernance littorale. En ce sens, le label dépasse sa simple fonction de certification. Il participe d’un processus plus large de territorialisation du sport, dans lequel le surf, au-delà de la région Nouvelle-Aquitaine, devient un support de production symbolique et économique des lieux.

Pour citer ce document

Christophe Guibert et Florian Lebreton, 2026 : « Le label « Ville de surf » en France : reconnaissance symbolique ou levier d’action ? », in L. Lestrelin, Y. Le Lay, F. Madoré, S. Loret & S. Charrier Atlas des Sports [En ligne], eISSN : 2971-4133, mis à jour le : 08/09/2026, URL : https://atlas-des-sports.fr:443/index.php?id=793, DOI : https://doi.org/10.48649/asds.793.

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Bibliographie

Audinet L., Guibert C., Sébileau A., Les « sports de nature ». Une catégorie de l'action politique en question, Bellecombe-en-Bauges, Éditions du Croquant, 2017.

Charles E., Thouément H., « Le label territorial, facteur d’attractivité touristique : une étude appliquée à la Bretagne », Téoros, n° 2, vol. 26, 2007, [En ligne], URL : https://journals.openedition.org/teoros/823

Epstein R., « Les trophées de la gouvernance urbaine », Pouvoirs locaux, n° 37, 2013, p. 13-18. URL : https://shs.hal.science/halshs-00861305

Guibert C., L’univers du surf et stratégies politiques en Aquitaine, Paris, L’Harmattan, 2006.

Guibert C., « Politiques de communication et identifications territoriales différenciées. Les usages politiques des vagues et de l’univers du surf par les municipalités de la côte Aquitaine », Téoros, vol. 25, n° 2, 2006, p. 62-71. URL : https://journals.openedition.org/teoros/1437

Gumuchian H., Pecqueur B., La ressource territoriale, Paris, Economica, 2004.

Lascoumes P., Le Galès P., « Understanding public policy through its instruments », Governance, vol. 20, n° 1, 2007, p. 1-21. DOI : 10.1111/j.1468-0491.2007.00342.x

Florian Lebreton

MCF HDR en sciences et techniques des activités physiques et sportives, Université de Pau et des Pays de l'Adour, Laboratoire Mouvement, équilibre, performance, santé (MEPS)

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Résumé

À partir d’une enquête qualitative menée dans quatorze communes françaises lauréates du label « Ville de surf » délivré par la Fédération éponyme, cette planche analyse le label comme un dispositif d’activation différenciée de la ressource territoriale. Si, dans certains contextes, le label agit comme levier de structuration sportive et de gouvernance territoriale, dans d’autres, il demeure principalement symbolique.

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