Atlas des Sports

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Les surfeuses et les surfeurs licenciés à la Fédération Française de Surf : des propriétés sociales élitistes et des mobilités internationales denses

par Christophe Guibert

planche publiée le 21 avril 2026

Une enquête quantitative réalisée en 2023 auprès des licenciés de la Fédération Française de Surf permet d’analyser les profils sociaux des surfeurs et des surfeuses. Rompant avec les stéréotypes selon lesquels le surf serait une activité sportive « accessible », les résultats montrent une surreprésentation statistique des catégories sociales les plus élevées ainsi que leurs mobilités internationales denses et variées pour assouvir leur passion dans le cadre de « surftrips », questionnant en creux leur rapport à l’écologie.

De la difficulté à catégoriser et à comptabiliser les « surfeurs » et les « surfeuses »

La permanence des représentations à l’égard des surfeuses et des surfeurs (oisiveté, passion, sans contrainte, marginalité, écologistes, etc.) tient principalement au fait que cette population, en France comme ailleurs, n’est pas captable par l’enquête statistique. Il est impossible de les comptabiliser, tant le taux de pratiquants hors association ou école de surf commerciale est très élevé et en nette croissance depuis la « crise Covid » du début des années 2020. En effet, la Fédération Française de Surf (FFS) se caractérise par un très faible nombre de licenciés (15 104 en 2024), contre plusieurs centaines de milliers de pratiquants hors cadre fédéral.

Dès lors, une seule population spécifique de pratiquants peut être étudiée grâce à l’enquête statistique : les licenciés à la FFS. Réalisée en 2023 en collaboration avec la fédération, et diffusée sous la forme d’un questionnaire anonyme, l’enquête quantitative a permis d'établir les profils des pratiquants, leur rapport au surf, les modalités de pratique, leurs mobilités, etc. Au total, 1 567 réponses exploitables ont été recueillies, permettant d’avoir un échantillon représentatif de la population mère de licenciés de la FFS. Selon la variable « sexe », la prépondérance masculine (2/3 des pratiquants) est manifeste, tandis que l’analyse de la variable « ligne de surf » confirme une dé-régionalisation progressive de la pratique, même si la Nouvelle-Aquitaine concentre encore près de la moitié des licenciés (figure 1).

Figure 1 - Des lieux de résidence localisés sur le littoral

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Source : Enquête Guibert/FFS, 2023

Un recrutement social élitiste

Au sein de l’échantillon circonscrit à la population active (les scolaires et étudiants représentant près d’un enquêté sur cinq et les retraités 5 %), les cadres et professions intellectuelles supérieures sont nettement surreprésentés parmi les pratiquants licenciés : 54 % des enquêtés appartiennent à ce groupe socioprofessionnel de l’INSEE, alors qu’ils ne pèsent que 19 % dans la population active française. A contrario, les licenciés déclarant appartenir aux classes populaires, composées du groupe des ouvriers et des employés, sont largement sous-représentés avec seulement 9 % de l’échantillon, contre 48 % dans l’ensemble des actifs (figure 2). Les niveaux de diplômes et de salaire des licenciés corroborent la distribution selon les statuts professionnels. Ils sont près de 40 % à être titulaires d’un diplôme de niveau Bac+5 ou plus (master, doctorat, diplômés d’école d’ingénieur ou d’école de commerce, etc.). Si la distribution en termes de revenu positionne également la majorité des surfeurs parmi les classes moyennes et supérieures, c’est toutefois moins net que pour leur appartenance socioprofessionnelle, probablement du fait des secteurs d’activité investis et des territoires dans lesquels ils travaillent (majoritairement à proximité du littoral et éloignés des grands centres urbains). Ainsi, au sein de la population active de l’échantillon, ils sont 37 % à déclarer avoir un salaire supérieur à 3 000 € net par mois, alors qu’un quart des salariés français gagne au moins ce montant en 2024 selon l’Observatoire des inégalités, et 15 % sont au-dessus de 4 500 € (10 % des Français ont un salaire au moins équivalent).

Figure 2 - Une distribution par PCS qui témoigne d’une population huppée

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Source : Enquête Guibert/FFS, 2023

L’importance des « surftrips » plus ou moins lointains

La pratique du surf n’est pas exclusive à un seul « spot » de pratique proche du lieu de résidence. Une des dimensions de la culture plurielle du surf réside dans l’exploration de nouveaux « spots » de surf. En témoigne la densité des voyages en France mais aussi et surtout à l’étranger (figure 3). Cette caractéristique est renforcée par les propriétés sociales à disposition d’une forte proportion de licenciés. Plus précisément, ils sont 21 % à avoir effectué entre un et neuf voyages à l’étranger, et 26 % d’entre eux déclarent même avoir effectué 10 « surftrips » et plus dans leur carrière de surfeur.

Figure 3 - Les destinations de « surftrips »

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Source : Enquête Guibert/FFS, plusieurs réponses possibles, 2023

Près de 600 répondants (soit environ 38 % de l’échantillon) ont indiqué le pays dans lequel ils et elles avaient surfé le plus grand nombre de fois (figure 4). Si les pays à proximité de la France métropolitaine, réputés pour la qualité de leurs vagues (Espagne, Portugal et surtout Maroc) sont les plus cités, des destinations lointaines, exotiques et coûteuses sont également souvent mentionnées (Indonésie, Australie, États-Unis, Antilles, etc.). La plupart de ces « surftrips » (mis à part l’Espagne et le Portugal sans doute) se réalisent donc par voie aérienne. Les ressources financières dont disposent les licenciés autorisent de tels voyages souvent auto-organisés dans le cadre d’un loisir socialement distinctif.

Figure 4 - Les 20 destinations internationales les plus visitées dans le cadre de « surftrips »

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Source : Enquête Guibert/FFS, 2023

Cet engouement pour les « surftrips » contredit le supposé rapport « sensible » des surfeurs à « la nature » et la croyance essentialiste selon laquelle ils seraient tous défenseurs de l’environnement. Près d’un enquêté sur deux déclare changer de planches de surf au moins tous les deux ans (fabriquées en polyester ou époxy, elles sont issues de la pétrochimie). Le fait, également, que 42 % des enquêtés répondent de manière positive à la question de savoir s’il « faut construire en France des piscines à vagues » (surfparks), équipements très largement contestés par les associations environnementales, témoigne bien d’un rapport à l’écologie pour le moins distant.

Pour citer ce document

Christophe Guibert, 2026 : « Les surfeuses et les surfeurs licenciés à la Fédération Française de Surf : des propriétés sociales élitistes et des mobilités internationales denses », in L. Lestrelin, Y. Le Lay, F. Madoré, S. Loret & S. Charrier Atlas des Sports [En ligne], eISSN : 2971-4133, mis à jour le : 21/04/2026, URL : https://atlas-des-sports.science:443/index.php?id=733, DOI : https://doi.org/10.48649/asds.733.

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Bibliographie

Guibert C., « Le premier âge du surf en France : un sport socialement sélectif », Science et Motricité, vol. 2007/2, n° 61, 2007, p. 89-100. DOI : 10.3917/sm.061.0089

Guibert C. (dir.), Les mondes du surf. Transformations historiques, trajectoires sociales, bifurcations technologiques, Bordeaux : Éditions MSHA, 2020.

Guibert C. et al., « Wave Pools in France: Controversies Within Localised Political Fields », in Mach L., The Future of Surfing in the Anthropocene, Springer Nature, 2026, URL : https://link.springer.com/book/9783032093769.

Index géographique

Christophe Guibert

Professeur des Universités en sociologie, Université d'Angers, UMR 6590 Espaces et Sociétés (ESO-Angers)

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Résumé

Une enquête quantitative réalisée en 2023 auprès des licenciés de la Fédération Française de Surf permet d’analyser les profils sociaux des surfeurs et des surfeuses. Rompant avec les stéréotypes selon lesquels le surf serait une activité sportive « accessible », les résultats montrent une surreprésentation statistique des catégories sociales les plus élevées ainsi que leurs mobilités internationales denses et variées pour assouvir leur passion dans le cadre de « surftrips », questionnant en creux leur rapport à l’écologie.

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