Atlas des Sports

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Lausanne, « capitale olympique »

par Sylvain Dufraisse et Philippe Vonnard

planche publiée le 24 avril 2026

Le 5 décembre 1993, le Comité international olympique octroie à Lausanne le statut de « capitale olympique ». Fruit des relations anciennes nouées entre l’institution sportive et les autorités municipales, ce label constitue un outil de marketing territorial et de concentration des instances en lien avec le sport international. Le rapport entretenu entre les Jeux olympiques et la population locale demeure cependant ambigu.

Gare de Lausanne avec le nom de capitale olympique

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Crédit photo : Jynus, Façade of the "Gare" (Train Station) of Lausanne (Switzerland), GNU/FDL, CC 3.0 BY-SA.

Le CIO, une organisation à distance de la ville

En 1915, Pierre de Coubertin décide, sans en informer les autres membres du Comité international olympique (CIO), d’installer le siège de cette organisation en Suisse, un pays qu’il a fréquenté à de multiples reprises, car il est convaincu que la ville de Lausanne peut accueillir son projet d’Olympie moderne. Ce choix est ensuite confirmé par les autres membres du CIO en 1922. La ville touristique dispose d’atouts pour cette implantation, comme des hôtels de luxe, et elle a accueilli un congrès olympique en 1912. Dans le contexte de la Première Guerre mondiale, il s’agit aussi de protéger le CIO en trouvant refuge dans un pays officiellement neutre. La municipalité de Lausanne est assez distante vis-à-vis de ces premières initiatives. Au milieu des années 1920, alors que Coubertin n’est plus à la tête du CIO, elle octroie néanmoins à cette organisation l’usage d’une partie de la Villa « Mon Repos », lieu qui demeure son siège jusqu’à la fin des années 1960.

L’administration du CIO reste alors modeste (deux à trois employés) et l’entité apparaît comme isolée, les fédérations sportives internationales fondées à la fin du XIXe siècle étant principalement concentrées à Paris. Après la Seconde Guerre mondiale, dans une période marquée par la Guerre froide, certaines s’installent en Suisse, comme l’International Handball Federation à Bâle (1946) ou l’Union of European Football Associations à Berne (1959). À partir de 1968, la ville de Lausanne met à disposition du CIO un nouveau terrain au bord du lac : le château de Vidy. Puis, les relations entre le CIO et la municipalité s’améliorent, alors qu’un nouveau maire (syndic) est élu en 1974. Exempté d’impôt sur le revenu, le CIO se voit octroyé par le Conseil fédéral suisse en juillet 1981 le statut d’association dotée de la personnalité juridique, ce qui facilite le recrutement de personnel étranger.

La progressive concentration des institutions internationales sportives

Élu en 1980 à la présidence du CIO, l’Espagnol Juan-Antonio Samaranch souhaite que son organisation soit établie dans une capitale administrative du sport. Il peut compter pour cela sur un réseau resserré d’acteurs politiques et économiques à Lausanne. Durant les années 1980, une commission de coordination CIO - ville de Lausanne est constituée, dont un objectif est de soutenir la concentration des fédérations internationales autour de Lausanne. Un premier pas majeur est effectué avec l’arrivée de la Fédération internationale de volleyball (FIVB) en 1984. Samaranch et ses soutiens multiplient les attentions à l’égard de Lausanne, du canton de Vaud et de la Confédération. Le CIO installe à Lausanne le nouveau Tribunal arbitral du sport (TAS) en 1983 et construit la « Maison olympique » à côté du château de Vidy en 1986 ainsi qu’un Musée, inauguré en 1993. Réceptacle de la mémoire du CIO, il est la deuxième institution muséale de Suisse en termes de nombre de visites (430 000 en 2024) et constitue un outil touristique majeur pour la région sur lequel s’adosse un marketing territorial. Enfin, en 1998, le projet d’une maison des fédérations sportives est lancé. Il se concrétise avec l’ouverture d’une Maison du sport international huit ans plus tard (figure 1).

Figure 1 - La concentration des lieux de pouvoirs sportifs

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Sources : lausanne-tourisme.ch, viageo.ch

À côté de la ville, le canton de Vaud participe également à rendre effectif le titre de capitale olympique. En 2008, il signe une convention avec les fédérations internationales reconnues par le CIO, leur garantissant une exemption d’impôt sur le revenu. Ces fédérations affluent alors à Lausanne ou y installent des antennes (figure 2). En outre, la ville attire d’autres instances internationales sportives : Agence mondiale anti-dopage (1999-2001), Association mondiale des villes olympiques (2002), Association des comités nationaux olympiques (2009), Association générale des fédérations internationales du sport (2010), etc. Enfin, cette entente mutuelle entre la ville de Lausanne et le canton de Vaud est symbolisée par l’inauguration en 2019 d’un nouveau siège du CIO, toujours à Vidy, qui permet d’accueillir une administration qui n’a eu de cesse de grossir au fil des dernières décennies (près de 700 salariés en 2025).

Figure 2 - La concentration des fédérations internationales

https://atlas-des-sports.science/html/745/figure2.svg

Sources : lausanne-tourisme.ch, viageo.ch

Une ville sans les Jeux ?

Samaranch et son réseau soutiennent le développement d’évènements populaires sportifs dans la ville, tels que la course des 20 km de Lausanne (lancée en 1982) ou la Semaine olympique destinée aux écoliers (créée en 1983). C’est aussi dans les années 1980 qu’est relancée l’idée d’accueillir les Jeux olympiques. Proche d’obtenir ceux d’été de 1960 (la ville est battue au troisième tour par Rome), un petit comité se constitue en 1984 afin de lancer une candidature pour les JO d’hiver de 1996. Acteurs du tourisme et politique s’accordent rapidement sur le projet, mais une coalition issue des différents bords de l’écologie politique fait barrage. En juin 1988, la population lausannoise refuse, à 62 %, de soutenir financièrement le projet.

Si l’idée d’accueillir les Jeux semble enterrée, à partir de la fin des années 1980, la ville de Lausanne devient néanmoins un lieu privilégié pour l’organisation de manifestations sportives d’envergure dans de très nombreux sports, comme en témoigne la tenue en 2020 des Jeux olympiques de la jeunesse d’hiver.

Pour citer ce document

Sylvain Dufraisse et Philippe Vonnard, 2026 : « Lausanne, « capitale olympique » », in L. Lestrelin, Y. Le Lay, F. Madoré, S. Loret & S. Charrier Atlas des Sports [En ligne], eISSN : 2971-4133, mis à jour le : 25/04/2026, URL : https://atlas-des-sports.science:443/index.php?id=745, DOI : https://doi.org/10.48649/asds.745.

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Bibliographie

Chappelet J.-L., Pinson J., « Évolution des politiques publiques d’accueil d’événements sportifs », Revue européenne de management du sport, n° 45, 2105, URL : https://api.semanticscholar.org/CorpusID:149737016 .

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Index géographique

  • Lausanne
  • canton de Vaud

Sylvain Dufraisse

Maître de conférences en STAPS, Nantes Université, Centre Nantais de Sociologie (CENS)

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Philippe Vonnard

Chargé de cours, Institut des Sciences du Sport - Université de Lausanne, Chercheur FNS Senior à Université de Fribourg

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Résumé

Le 5 décembre 1993, le Comité international olympique octroie à Lausanne le statut de « capitale olympique ». Fruit des relations anciennes nouées entre l’institution sportive et les autorités municipales, ce label constitue un outil de marketing territorial et de concentration des instances en lien avec le sport international. Le rapport entretenu entre les Jeux olympiques et la population locale demeure cependant ambigu.

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